dimanche 28 octobre 2012

http://www.delitteris.com/au-fil-des-pages/pas-dici-pas-dailleurs/

Extrait de l'article émouvant paru sur De Litteris à propos de l'Anthologie Pas d'ici, Pas d'ailleurs qui sera présentée le 31 octobre 2012 à 19 h 30  à La lucarne des écrivains, 115 rue de l'Ourcq, dans le 19 ème arrondissement.

http://www.delitteris.com/au-fil-des-pages/pas-dici-pas-dailleurs/

"Elles sculptent des blancs mallarméens, elles pétrissent le rythme, elles forgent des voies narratives, elles jonglent des mélodies, elles glanent la beauté du monde, elles errent le verbe hors frontière, hors sexe. Elles pluralisent une même langue, qu’elles détrempent parfois d’autres vocables-territoires, elles disent l’infinité des chemins de l’intime et de l’autre, elles étrangent le familier et apprivoisent le dehors. Elles maçonnent l’encre en fumées de sons, elles expérimentent les recoins saillants du verbe et les contours fuyants des silences. Elles brassent l’imaginaire contemporain comme les figures d’antan, elles convoquent l’hors-temps de l’enfance comme la modernité brutale, elles disent l’arbre, le ruisseau, l’océan agité comme l’amertume du béton et la solitude des villes. Elles traversent les ombres errantes comme les rayons frêles, dévident le glossaire des soupirs comme des cris rieurs. Elles rapiècent le conte au réel, l’absence et la présence pure, le corps et ses fantômes, le chant et la matérialité des choses. Elles salivent les ruines, elles ébrèchent l’enfance, elles tessonnent le proche, elles étoilent le lointain. Elles lyrisent, elles assènent, elles effacent, elles ressassent, elles fissurent, elles faillent, elles lient, elles renouent, elles brisent, elles griffent, elles biffent, elles incantent, elles suggèrent, elles élancent… Elles-poésies."

samedi 27 octobre 2012

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/anthologie-pas-d'ici-pas-d'ailleurs/matthieu-baumier

Une très belle critique de Matthieu Baumier , parue dans Recours au Poème, sur l'Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, "Pas d'ici, Pas d'ailleurs" à laquelle j'ai participé, et qui sera présentée Mercredi 31 octobre 2012, à Partir de 19 h 30, à La lucarne des écrivains, 115 rue de l'Ourcq, dans le 19 ème à  Paris, par Sabine Hynh, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire,en présence de nombreuses poètes de l'Anthologie.

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/anthologie-pas-d%E2%80%99ici-pas-d%E2%80%99ailleurs/matthieu-baumier

mardi 14 août 2012

voir la page Actualité - Traduction d'un extrait de Plus loin qu'ailleurs


http://gabriel-arnoulaujeac.blogspot.fr/


DIMANCHE 12 AOÛT 2012


Plus loin qu'ailleurs (Gabriel Arnou-Laujeac) | Extrait traduit en espagnol par Claudia Carlisky


Claudia Carlisky, 
Concerto pour un visage
Fille du sculpteur Alberto Carlisky et de la plasticienne Mina Gondler, Claudia Carlisky est née à Buenos Aires en 1954 où elle réside jusqu'à l'âge de quatre ans. Après une enfance en France et une adolescence en Argentine, elle vit à Paris depuis 1975. Peintre, Claudia Carlisky expose régulièrement en France, en Suisse, en Italie et en Allemagne. Poète bilingue et mélomane, elle a participé à plus de 15 récitals de poésie et de musique dans un répertoire classique, notamment avec le trio Goodman composé de Igor Kiritchenko, violoncelle, Dimitri Khlebtsevitch, alto etCraig Goodman, flûte, à Paris et au Luxembourg. Elle publie dans des revues poétiques et des anthologies depuis 1978, et fut nominée lors du Concours Simone Landry pour son poème Le silence reviendra sur ses pas, le 8 mars 2010, dans le cadre de la journée internationale des femmes.  

Actualité poétique : Pas d'ici, pas d'ailleurs, Voix d'encre, 2012. 


EXTRAIT DE PLUS LOIN QU'AILLEURS, SUIVI D'UNE TRADUCTION ESPAGNOLE PAR CLAUDIA CARLISKY.      


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Claudia Carlisky : le bleu du ciel
(...) Notre passion sera sans résurrection, sans évangiles. Rien que souffrance et trahison du souffle originel. Nous voulions être l’exception, nous ne fûmes que la règle : le premier amour vida nos sacs de billes pour les remplir d’étoiles, mais cet éclair brutal serrait dans son poing la foudre qui les éteindra toutes une à une.

La possession et la dépendance, l'euphorie et le manque, la fusion et l'absence sont des stupéfiants millénaires dont la faim est vaste – et dont la fin dévaste. 
Pourquoi ? 


Pourquoi la passion n’échappe-t-elle pas au mouvement des marées, à la loi des contraires, au va-et-vient de l’ombre et de la lumière, à la mécanique imperturbable du déclin de toutes choses ici-bas ?

        Je demeure seul sans le pansement d'une parole, sans le calmant d'une réponse. Les mots ne pansent plus les maux, ils perdent provisoirement de leur magie, de leur superbe. Ils sont des oiseaux sans ailes, des flèches au souffle trop court qui retombent avant d'avoir atteint leur cible. Je demeure seul dans le déni de sa vaine absence, errant comme un fantôme dans l’immensité trompeuse de temples en ruine.

Je dérive en silence, des jours et des lunes, sur la mer de servitude qui inonde chacune de mes cellules en deuil, avant d’échouer par la grâce du temps sur l’autre rive des amours mortes, ivre du roulis de ma douleur naufragée. En me levant, dos à la mer, face au soleil, j’entends les baguettes du futur rosser le tambour de mon cœur, comme si le temps jusqu’ici suspendu au vestige du passé frappait de nouveau à ma porte, m’ordonnant de lui ouvrir enfin, et de reprendre ensemble notre danse avortée.

Je dois renaître de ce battement imperturbable, maintenant et ici-m'aime. Regagner le temps perdu à chercher ce qui n'est plus, ce qui n'est pas. Me lever, me reconstruire dans le vide et dans l'urgence d'un désespoir libératoire : dans la reddition de mes illusions sur moi, sur l’autre, sur l’éternité. 

Je sais désormais que la passion est exclusive, fusionnelle, psychotrope, mais que l'essentiel est la durée qui lui échappe, le temps qui l'écharpe. J’accepte ce qui est : ce que je crois être. Ce désespoir blanc, fruit paradoxal d’une pulsion vitale, me délivre de la prison du manque : le manque est là, mais plus ici. Du moins j’essaie de m’en convaincre, avec l’impatience de ceux qui doutent encore - quand j’entends retentir , en pleine gorge de l’absurde, ce cri d’impuissance qui m’arrache au long sommeil des sens :

« Puisque tout est transitoire, je les aimerai toutes. Et aucune. ». 
C’est ainsi que le désir ralluma pour moi son flambeau, pour moi tout entier criant femmine...(...)...


COPYRIGHT © 2012 Gabriel Arnou-Laujeac, SACD



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Extracto 



(...) Nuestra pasión no tendrá resurrección ni evangelios. Solo sufrimiento y traición del soplo original. Queriamos ser la excepción, sólo fuimos la norma : el primer amor vació nuestra cajón de los juguetes para llenarlo de estrellas, pero esta chispa fugaz ocultaba en su puño el rayo que finalmente las apagaría  a todas, una por una.

La posesión y la dependencia, la euforia y la falta, la fusión y la ausencia son estupefacientes milenarios cuya hambre es vasta y cuyo fin devasta. 

¿ Por qué ? 

¿ Por qué nuestra pasión no escapa al movimiento de las mareas descendientes, a la ley de los contrarios, al vaivén de la luz y de la sombra, a la mecánica imperturbable de la caída de todas las cosas en este mundo ? 

         Me quedo solo, sin el bálsamo de una palabra, sin el consuelo de una respuesta. Las palabras ya no curan los males, pierden su magia, su soberbia. Son pájaros sin alas, flechas   sinaliento,   que vuelven a caer antes de haber alcanzado el blanco. Permanezco sin ella negando su  vana ausencia, vagando como un fantasma en la inmensidad engañosa de templos en ruina.

Voy a la deriva en silencio, dias y lunas, sobre el mar de servidumbre que inunda cada una de mis celulas en duelo, antes de llegar por la gracia del  tiempo a la otra orilla de los amores muertos, ebrio por el balanceo de mi dolor naúfrago. Al levantarme, de espaldas al mar, de cara al sol, oigo los palillos del futuro apalear el tambor de mi corazón, como si el tiempo hasta aquí suspendido al vestigio del pasado, llamara de nuevo a mi puerta,  ordenandome abrirle  al fin  y retomar juntos nuestra danza inconclusa.
Debo renacer de ese latido imperturbable, aquí y ahora mismo, recuperar el tiempo perdido buscando lo que  no es más, lo que no es. Levantarme, reconstruirme en el vacío y en la urgencia de una desesperanza  liberadora, renunciando a mis ilusiones sobre mí, el otro, y  la eternidad.

Sé, de ahora en más, que la pasión es exclusiva, simbiótica, adictiva, pero que lo esencial es la duración que se le escapa, el tiempo que la pulveriza. Acepto lo que es : lo que creo que es. Esta desesperanza blanca, fruto paradójico de una pulsión vital, me libera de la prisión de la falta : la falta esta ahí, pero ya no aquí. Por lo menos trato de convencerme de ello, con la impaciencia de los que siguen dudando -cuando oigo resonar,  en plena garganta de lo absurdo, este grito de impotencia que me arranca del largo sueño de los sentidos : 

« Ya que todo es transitorio, las amaré a todas. Y a ninguna. » 

Así fue como el deseo volvió a encender su antorcha para mí,  con todo mi ser gritandohembruna...(...)...



                                                                                                                                                                 


Mina Gondler, Oiseau - Soleil
Les corbeaux menacent encore le ciel, 
Claudia Carlisky, 1989. Poème inédit.

Les corbeaux menacent encore le ciel.
De quel chemin de croix me parlent-ils ?
De quel sommeil aux songes pourpres
M'annoncent-ils l'expiation ou d'un linceul propitiatoire
Le baiser perfide et fallacieux de l'abandon ?
Palpitent et pépient, pépites dans mon lit
Se lient et me délient de tout délit commis.
Palpite sans raison mon coeur à l'unisson.
Le champ du ciel obscur s'ouvre enfin
Et du songe noir et rouge, de l'onde
Sort l'étendard blanc et bleu de ciel.
De l'azur nous toucherons la transparence
Et dans l'ordre des choses retiendrons l'immanence.


Claudia Carlisky, Eclosion III, 
Triomphe ou l'unité retrouvée


Claudia Carlisky, Le Seuil







A propos d'Alberto Carlisky et de Mina Gondler :


mercredi 18 juillet 2012

La nostalgie du feu - 1980 - In Concerto pour un visage

Une langueur moribonde,
Une rencontre en petites touches
D'une paresse de malentendus.
Des quiproquos alanguis par la distance.
Un manque à être et à se reconnaître.
Des failles idoines; La voix ne porte pas.
La voie ne porte pas tes pas.
De mille détours de l'essentiel au rythme ailé
La tache exsangue d'accrocs se pare.

Des fossiles de larmes
Vus à travers un papier glacé, froissé.
Hors d'atteinte. Argent massif.

Trône le sphinx encore - 1985 - In Concerto pour un visage

Il est des communions où sourdent les orages,
D'étranges paradoxes où fleurissent les mots.

Sur les franges du temps, en de trop âpres soupirs,
Les larmes ont débordé de leur vase d'argile
Et  le Nil a laissé sur les ailes du désir,
S'évaporer le bleu, l'obsidienne vers l'exil.

Caïmans à la dérive sur les larges bords du fleuve,
Lourds d'éternité
- rauque, convulsée -
Les larmes ont apprêté le linceul du bédouin.
Trône le sphinx encore sur les cierges allumés.

lundi 16 juillet 2012

Extrait de Conjonctions et disjonctions de Octavio Paz - parution en espagnol 1969, en français 1971 -

"Le temps moderne, le temps linéaire, homologue des idées de progrès et d'histoire, toujours projeté vers le futur ; le temps du signe non corps, acharné à dominer la nature et à maîtriser les instincts ; le temps de la sublimation, de l'agression et de l'automutilation : notre temps - s'achève. Je crois que nous entrons dans un autre temps, un temps qui ne laisse pas encore voir sa forme et dont nous ne pouvons rien dire, si ce n'est qu'il ne sera ni le temps linéaire ni le temps cyclique. Ni histoire ni mythe. Le temps qui revient, s'il est vrai que nous vivons effectivement un retour des temps, une révolte générale, ne sera ni un futur ni un passé, mais un présent. Du moins, est-ce là ce que, obscurément, réclament les rébellions contemporaines. L'art et la poésie non plus ne demandent rien d'autre, même si parfois les artistes et les poètes l'ignorent. Le retour du présent : le temps qui vient se définit par unmaintenant et un ici. (...) Si la rébellion contemporaine (et je ne pense pas seulement à celle de la jeunesse) ne s'éparpille pas en une succession de clameurs isolées ou ne dégénère pas en systèmes autoritaires et fermés, si elle articule sa passion dans l'imagination poétique, au sens le plus libre et le plus large du mot poésie, nos yeux incrédules seront les témoins du réveil et du retour à notre monde abject de cette réalité corporelle et spirituelle, que nous appelons présence aimée. Alors l'amour cessera d'être l'expérience isolée d'un individu ou d'un couple, une exception ou un scandale... Pour la première et la dernière fois apparaissent au fil de ces réflexions le mot présence et le mot amour. Ils ont été la semence de l'Occident, l'origine de notre art et de notre poésie. En eux se trouve le secret de notre résurrection." Octavio Paz

mardi 26 juin 2012

De l'écorce à la lumière - 16 octobre 2008

            



Claudia Carlisky       Sur des tableaux de Mario Gurfein exposés à la Galerie Lebrun L'église - Paris          

De la lisière de l’euphémisme – De l'écorce à la lumière 

De la redondance du motif aux confins du monde habité, masure persistante, parcelle de bonheur craintif arrachée dans un ultime geste de survie camouflé en toc, en factice, dans l’opacité d’un kitch de secours à l’exultation d’un espace irisé livrant sa haute musicalité conquise sur le vide, les infinies couleurs d’une palette vive et douce.


L’abysse du non sens figurée par un long serpent compact barrant le tableau paysage de toute sa matérialité muette et ses déclinaisons multiples. No pasaras. Toute la futilité de la résorption de la vie se résume à cet implacable verdict. Et pourtant, de cette absence exsude, éclate, une échappée sourde, comme par surcroît, une densité vibratile, pas encore vibrante, la vie à l’œuvre malgré tout. De ce vertige lisse, du désespoir désubstantialisé à l’extrême, filtre… une promesse.

Des nervures, des bruissements de matière colorée et vivante. Oui, la vie dans toute sa complexité organique surgit dans deux petits tableaux ciel et chlorophylle dont les nuances raffinées parlent du souffle originel veillant sur leur gestation. Ils parlent aussi de l’audace à être au cœur de la pulsation du monde, par delà la rhétorique de la figure et la complaisance à s’abandonner à la rythmique de l’espace.

Un baume enfin, une brume d’âme diaphane, la mélodie des sphères à portée du regard, là-bas, aux confins, là où l’imaginaire reprend ses droits, où la lumière rayonne dans un espace infini, où la vie ne bute plus sur l’abscons, où tout est lux, calme et harmonie. Là où les hommes sont transfigurés par l’évidence, ils se laissent toucher par la douce puissance de ses couleurs.

De l’écorce à la lumière, de laborieux, le chemin se fait léger et joyeux. Quand les voiles sont enfin levés, la vérité surgit, splendide.


Laissez-moi la beauté tutélaire


A mon père
Paris, le 29 mai 2000

Adieu, lave. Un froissement sec. Crépitement d'os.

Laissez-moi la libellule et mon collier de larmes.

Laissez-moi la beauté tutélaire et le naufrage.

Laissez-moi rire et laissez-moi pleurer.


J'ai mâché des larmes d'oubli.

J'ai grignoté la moelle de vos os endormis

et j'ai craché des filaments séchés,
des lianes filandreuses de fiel et d'agonie.

J'ai noyé et broyé, souillé et piétiné.

et de ce machouillis infâme est né un égrégor

fait de toutes les lames, miroirs de mauvais sorts,

m'en suis enduit le corps.
J'ai trépigné, psalmodié, attisé,

arraché l'épaisse boue qui dénature.

En trouées de lumière, de mes sanglots enfouis,
jaillissant comme un cri,

j'ai craché du lilas, du bleu, de l'amarante, des oranges solaires,

des carmins cristallins, des bleus céruléens,



J'ai lavé les orgies, rougi les amnésies,

j'ai craquelé l'absence, étanché la souffrance,

puis je me suis assise.


J'étais seule.

Article d'Alicia Dujovne Ortiz paru dans Resonancias literarias sur ma poésie




Poesía
01 03 2007


                                                                                                                                     
Claudia Carlisky entre la matière et la Loi, par Alicia Dujovne Ortiz 

La preuve de la cohérence interne et de l’authenticité de cette poésie c’est l’auteur, elle-même, qui me l’a donnée, il y a de cela quelques années, lorsque j’ai présenté son œuvre dans une galerie parisienne. J’avais préparé les questions de rigueur, pensées pour que le public, lecteur ou non de poésie, reçoive des lèvres de la poète quelques indications qui lui servent de boussole.Claudia Carlisky m’a écoutée avec gentillesse et m’a répondu à sa façon. Ses réponses consistèrent à lire les poèmes qui pour elle sans l’ombre d’un doute
en était la plus éclatante explication. A aucun moment elle n’eut recourt à un langage intermédiaire qui servit de pont. Ce qu’elle avait voulu dire était, et dans la seule langue possible, celle du poème. Ne parlait-il pas de lui-même ? A cet instant, j’eus la sensation que si Claudia avait eu l’obligation de s’expliquer avec d’autres mots que ceux de son poème, comme Saint-Jean de la Croix ou Sainte-Thérèse d’Avila, à qui leurs confesseurs ordonnèrent de gloser sur leur poésie pour la mettre à la portée de tous, elle aurait fait la même chose qu’eux, un autre poème.
L’excellent poète argentin, Edgar Bayley a écrit sur le caractère « forcé » de l’acte poétique. Ce n’est pas une expression très jolie mais elle remplit parfaitement sa fonction : indiquer l’existence d’une poésie qui ne peut être autre chose que ce qu’elle est, et qui, partant d’une nécessité forcée (c’est-à-dire de quelque chose qui n’aurait pas pu ne pas être écrit), ne peut s’exprimer que d’une seule façon, la sienne.
La référence aux deux mystiques espagnols n’est pas fortuite. Claudia Carlisky s’adresse ouvertement au destinataire occulte, mais bien palpable ou respirable, de sa poésie, dans un seul de ses poèmes, « Offrande». Là, elle l’appelle, sans ambages, « Seigneur ». Dans les autres, son nom est « feu » (« nostalgie du feu », « doux feu de la bonté »), à moins qu’on ne le reconnaisse comme « la rive fraîche d’un ruisseau » où l’on parvient enfin, ou comme « le continent perdu » que l’on recherche sans relâche. Ce lieu ou être ardent et rafraîchissant est l’un des deux pôles de l’œuvre de Claudia. L’autre est la matière. Trois degrés ou marches semblent la composer. Nous somme devant une matière alternativement sentie comme enfermement (« langueur moribonde », « malentendus, paresse », « manque à être ») ou savourée avec une sensualité gourmande qui annonce la sortie de la prison charnelle (« lactescence gustative », « abundante abertura » ; ou perçue dans sa porosité, dans sa nature translucide (« pulpe veinée de lumière »). Le passage de la matière fermée à la lumière ouverte nous mène du « glauque » et « gélatineux » qui provoque rejet et répugnance à « travers la transparence tactile de la chair des mots » et de la chair amoureuse où l’on peut connaître les « saveurs indicibles » (plaisir de la poésie, plaisir de l’amour) jusqu’à ce que le « Seigneur » offre à la fin du chemin : « l’étendue de ton bien ».Ce « Seigneur » a un genre bien déterminé. Si bien déterminé que toute la poésie de Claudia Carlisky suggère une douloureuse traversée qui va de la mère au père, de la « paix mousseuse du giron maternel » jusqu’à la purification par « l’air de la Loi », Loi en majuscules, Loi paternelle qui ouvre les poumons et libère l’accès à l’innocence. Pas un retour, pas un retour à l’enfance mais y parvenir après un long voyage. Les poèmes légers de Claudia Carlisky, des chansonnettes dansées sur la pointe des pieds sonnent comme une récompense, une légèreté gagnée et méritée. "L’étendue de ton bien" rentre dans deux ou trois vers pleins de clarté.
Entre les deux pôles de la matière et de la Loi s’étend l’attente. Claudia a peint cette attente dans l’un de ses tableaux, utilisant une matière saturée de lumière. L’attente n’a pas été vaine, les « ventouses de rien » appliquées sur une chair évanouie comme d’une « orchidée pleine de langueur » sont devenues plénitude. Poésie mystique ? En tout cas, poésie dont le début est nostalgie et dont la conclusion est une célébration.
Traduction - Claudia Carlisky


http://www.resonancias.org/content/read/648/






lundi 25 juin 2012

Le silence reviendra sur ses pas

Claudia Carlisky
Le silence reviendra sur ses pas

Poème nominé au Concours Simone Landry le 8 mars 2010,
Journée Internationale des Femmes

Paris, le 29 mai 2000

Par petites touches j'arriverai au coeur des choses,
là où la nature se désaltère.
Alors, peut-être oserai-je la fidélité.
Alors, peut-être le silence me fera-t-il une place en sa présence.

L'armée des ombres, gardienne spéculaire,
Aplanira ses ailes et s'effacera.
J'aurai alors les trois étoiles pour guider mon regard
Et les deux lions pour diriger ma route.

Lorsque j'arriverai au coeur des choses,
là où la ligne et le tracé ne font plus qu'un,
J'oserai habiter le silence et pardonner aux signes
Leur incommensurable lenteur,
Ma torpeur et ma dette.

Lorsque je parviendrai au seul vouloir,
Oh oui, lorsque je parviendrai au seul vouloir,
Là où la route se fait étroite et le chant profond,
Là où le chant se fait aigu, non pas grêle mais clair,
Le silence reviendra sur ses pas. Il surgira, intact,
De cette enfance sans équivoque où les oiseaux ne craignaient rien.

dimanche 27 mai 2012

La pierre des merveilles - 28 mars 2011


Les boucles d'oreilles posées sur la table lui faisaient penser à deux lions sentinelles protégeant quelque trésor ou à deux casques de chevaliers scintillant, à la veille d'une bataille.

Elle n'avait aucun pouvoir sur le flot de ses récits et surtout pas sur leurs méandres, comptant sur chaque accident de la route pour ralentir ou accélérer leur débit, évitant tel ou tel écueil, s'agrémentant d'entrelacs ou du tumulte d'un jaillissement inattendu selon l'ordre des cailloux ou de la mousse spongieuse rencontrés en chemin. L'armée des ombres veillait tapie au fond, recouverte d'une eau saumâtre repoussante, camouflée tour à tour en porteuse de malaria, de dysenterie, ou de fièvre abyssales. Elle n'osait y porter la pointe de son bâton, pressentant une découverte embarrassante. La faune grotesque qui en cachait l'entrée allait-elle lui sauter au visage ? Parviendrait-elle à l'écarter pour en tirer son alphabet, pour gravir l'échelle du sens qui l'habitait, elle en était certaine. Sa lâcheté, c'était bien ça, sa lâcheté l'empêchait d'affronter la face livide qu'elle discernait au-dessous d'elle. L'air était traversé de courants frigorifiants. Ses membres se tétanisaient. Elle sentait que si elle ne trouvait pas l'élan de jeter un pavé dans la mare, l'effroi d'avant les commencements aurait tôt fait de geler toute tentative. Des sueurs froides traversaient son corps. Ses yeux parcourus de tics nerveux scrutaient la fange striée de quelques rais de lumière.
Un éclair traversa son esprit alors que son regard se portait vers un éclat d'or pur. Une pierre d'un bleu inouï incrusté de filaments et de virgules d'or émergeait de cette boue indistincte. Des rayons rougeoyants d'une lumière crépusculaire accompagnèrent les gestes nerveux et précis qui lui permirent d'extraire à l'aide de son bâton un caillou poli par le temps au formes tantôt arrondies comme un galet, tantôt prismatiques comme un diamant de la dimension d'un poing. C'était, elle en était maintenant certaine, un lapiz-lazuli. La pierre des merveilles au bleu profond comme un ciel afghan reposait à présent dans sa main apaisée. La lumière rasante du soleil couchant lui indiquait la route du retour. L'esprit et le coeur léger, elle sut alors qu'elle ne craignait plus rien.

samedi 19 mai 2012

les pétales de la mémoire

 11/06/06

Résider au cœur d’ananké comme en un labyrinthe.
L’il y a a dévoré la place. Les bêtes sont lâchées.
La pulsation intime a perdu la mesure.
A pas feutrés, d’une main moite,
J’effleure les pétales de la mémoire
au souffle du silence.
Emiettement du temps.
A la recherche de la durée salvatrice.
Habitacle de chair et de silence,
En pluies fertiles en vérités.
La mort resserre son étreinte d’absence à soi,
Dressant une statue de sel
d’où les fulgurances amorties
s’échappent.

Habla Palomalba

Aux alentours de 1990



Habla

Palomalba

Habla sabia savia

Palomalba sabia savia

Sabia Paloma Habla Savia Sabia

Savia Palomaalba Sabia Savia Sabía Sabor

De Leche Sabia Savia Alba Paloma Habla Palomalba

Alba Sabía a leche Paloma Sabia Habla Habla Habla

Alba Alba Alba Alba Alba Alba Alba Alba Alba Alba

Habla Habla Habla Habla Habla Habla Habla Habla

Sabia Sabia Sabia Sabia Sabia Sabia Sabia Sabia

Savia Savia Savia Savia Savia Savia Savia Savia

Palomhabla Palomhabla Palomhabla Palomhabla

Habla Paloma Habla Paloma Habla Paloma

Sabia Alba Habla Habla Alba Sabia

Savia Alba Sabia

Habla 

De la neige dans la mémoire



Croyant voir un nouveau présage
Mais j'ai du soleil dans les yeux 
de la neige dans la mémoire,
Le corps rompu par le milieu
et l'âme qui flotte comme un nénuphar
oublie les méchants comme les sages

Il y a des loups aux visages d'anges
au sourire trop doux qui cache la fange,
des cœurs en prison qu'on ne retient pas

Les initiales du souffle


21 février 1986



Les initiales du souffle sont gravées à même la roche, sur le flanc gauche de la grotte. La roche irriguée frémit et s'arrondit à fleur de faille.
Surplombant la mer, conteur de ciel, et le souffle en elle, la grotte, la roche dans le contre-ciel interroge le temps et du baume répand, fil d'immortel.

samedi 31 mars 2012

Publication bilingue dans Resonancias literarias

article/read/979/ideograma-amoroso-y-otros-poemas-por-claudia-carlisky/

http://www.resonancias.org/
content/read/1246/ideograma-amoroso-y-otros-poemas-por-claudia-carlisky/

content/read/1248/ideograma-amoroso-y-otros-poemas-por-claudia-carlisky/

samedi 21 janvier 2012

29.11.2010

Le grain du papier, la fine pluie d'or pur retombant dans le rai de lumière, un silence de fin d'après-midi. L'apesanteur, le temps suspendu, la blancheur carnivore du papier traversé de cratères, légères boursouflures. Ouverture. Invitation au voyage. La main, la fine pluie d'or pur, la lumière. La suspension du temps. Un geste, surgi du vide en appétit, une orgie de couleurs giclées, déposées, orchestrées, trouve sa scansion, sa respiration. L'irruption du geste et du sens. Basculement. La présence s'installe et se déploie, à l'oeuvre.

Une large salle. Le musée d'Art Moderne. Des tableaux monumentaux disposés sobrement, un par un. De larges surfaces colorées, intenses, lumineuses. Une cathédrale de lumière. Présence, sollicitation vibratile de l'air. Interpellation chromatique. Apesanteur. Sanctification par la rencontre peau à peau de toute la surface du corps avec l'intensité iridescente de pure couleur. Invitation au jeu. Avancée pas à pas dans un dédale de caresses chromatiques. Oranges. Roses. Blancs. Rouges. Noirs. Formidable raccourci poétique de la matière picturale inventée par Rothko. Prière muette. Appel charnel de pur esprit.